La rage des cités déclinée au feminin
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La rage des cités déclinée au feminin


Au coeur des quartiers déshérités, de nombreuses jeunes femmes soutiennent les émeutes. A Montfermeil, elles racontent leur galère au quotidien.


par Marie-Joëlle GROS


«Quand les CRS étaient dans la cité, j'avais trop envie de descendre, d'y aller moi aussi. Mais ma mère ne voulait pas. J'étais par la fenêtre, je voyais tout sans pouvoir rien faire, comment j'étais révoltée !» Sabrina, «dix-sept ans et demi», habite les Bosquets à Montfermeil (Seine-Saint-Denis), une cité toute proche de celles de Clichy-sous-Bois. La lycéenne jouait parfois au foot avec l'un des deux jeunes morts électrocutés de cette commune voisine, jeudi 27 octobre. Depuis cet événement, qui a déclenché les émeutes, les affrontements ont été violents, ici, entre jeunes et policiers. Si le calme semble revenu, les adolescents sont toujours à cran.


Peu entendues jusque-là, les filles de la cité des Bosquets ont le débit rapide de celles qui ont beaucoup à dire. Pas pour enfoncer ceux qui ont «mis le feu, comme on dit». Bien au contraire. Pas question aujourd'hui d'évoquer les tensions entre filles et garçons, les jeunes de la cité font bloc. «C'était comme une boule, on savait que ça allait péter, résume l'une d'elles, rencontrée au centre social. D'ailleurs, ça bouge là-haut. Ca veut bien dire qu'il fallait que ça éclate.» Les éducateurs, qui les poussent à prendre la parole ces jours-ci, témoignent : «Le sentiment de révolte des filles vaut celui des garçons. Mais elles ne sont pas dans le passage à l'acte.»


Contrôles intempestifs


Dans la cité, les filles sont moins visibles que les gars qui «tiennent les murs». Avec une pointe de défi, elles assurent ne pas avoir peur de vivre ici et «dormir les yeux fermés». Mais elles se plaignent d'un quotidien ponctué, pour elles aussi, de contrôles de police pour un oui, pour un non. «La police, elle est pas là pour nous protéger, dit Sabrina. Elle nous provoque tout le temps. On se fait traiter de bâtards, de bougnoules. C'est normal que les jeunes, ils ont la haine. Les filles comme les garçons.» Un élève de sa classe de terminale comptabilité a proposé de faire un exposé sur les événements. «La prof a refusé. Mais elle a accepté qu'on dise ce qu'on a sur le coeur. Moi, j'ai dit tous mes sentiments. C'étaient les mêmes que ceux des garçons.»


Cécile, 26 ans, qui a «pourtant un nom français», raconte : «L'autre jour, on fêtait l'anniversaire des enfants avec une copine, on traversait la cité avec eux, les flics nous sont tombés dessus. Ils passent leur temps à nous surveiller. Ils tournent avec leurs voitures, stoppent, redémarrent. C'est insupportable.» Elle vit avec son fils de 3 ans dans l'appartement de sa mère : «On est six dans un F3. J'ai fait une demande de logement. J'ai un CDI à l'hôpital psychiatrique, je suis agent d'accueil. Mais on me répond que, comme il y a plein d'appartements squattés, il n'y a pas de place pour moi.» Elle n'envisage pas de quitter la cité des Bosquets où elle a déjà passé vingt ans. «J'aime ma cité, c'est juste qu'il manque des trucs autour. Si un jour je pars, ce sera pour l'éducation de mon fils.» Le petit garçon tournicote autour d'elle. «J'ai quitté l'école à 14 ans, poursuit Cécile. Tout le monde quitte l'école tôt ici. Les parents n'ont pas d'argent, on a envie de vite gagner sa vie. Surtout quand on voit qu'il y en a qui s'achètent des vêtements, font des activités.»


Sanaa, 20 ans, ne va plus en cours depuis longtemps. Elle voulait se lancer dans des études d'esthéticienne, des enseignants l'en ont dissuadée. «On m'a dit : "T'habites dans une cité chaude, tu parles racaille, vaut mieux faire du secrétariat." J'ai jamais compris pourquoi. De toute façon, pour moi, ça s'est toujours mal passé à l'école.» Elle s'occupe de sa petite nièce. «Je voudrais qu'elle parte loin à l'école, dit Sanaa. Je veux dire, loin du quartier. Ici, les programmes, ils sont en retard. C'est juste l'alphabet. Il faut que les gosses sachent lire et écrire et c'est tout.» Sahra, 24 ans, attrape la conversation au vol : «Moi, j'ai promis à ma petite cousine que je lui payerai l'école privée. Ils sont 26 dans sa classe, il y en a 23 qui parlent pas français. Dans d'autres contrées, on apprend l'anglais, tout ça. Ici, c'est juste le minimum. Il faut expatrier nos enfants en dehors de la cité.»


Mais les contacts avec l'extérieur ne sont pas évidents. En trois ans de recherche d'emploi, Sanaa n'a trouvé qu'un seul CDD de remplacement d'un mois. Elle préparait des plateaux-repas pour l'aéroport de Roissy. Sahra, elle, a lâché son BTS vente en cours de route. Jolie fille, tempérament de feu, elle se décrit comme «jeune entrepreneur». D'origine algérienne, sa mère est seule pour élever ses trois enfants. «Je la respecte grave. Elle a deux emplois [dans une cantine et dans une entreprise comme agent d'entretien], tout ça pour 8 000 balles par mois.» Sahra a tenté d'ouvrir une boutique de prêt-à-porter en ville, ça n'a pas fonctionné. Elle se tourne vers les marchés. «Les gens sont souvent mal à l'aise avec nous, notre façon de parler, de se tenir. Mais faut arrêter de se prendre pour des victimes. C'est à nous aussi de faire un effort.»


«Vite repérés»


Mais elle n'avale pas le «coup» qu'on lui fait «souvent, dans les restaurants». Quand elle sort à Paris, «on nous apporte l'addition à peine on a commandé ! Comme si on allait partir sans payer ! Ou alors les serveurs nous calculent pas, font comme si on n'était pas là. Moi, je leur dis : "J'ai le même argent que la table d'à côté, alors tu prends la commande !"» Elle fait rire Cécile : «C'est vrai qu'on est vite repérés. On parle fort. Il y a des gens à côté, ils mangent avec leurs enfants, ils se parlent pas, on n'entend rien !» Au travail aussi, Cécile essuie des réflexions : «J'ai un vocabulaire un peu de cité. Dès que je dis un gros mot, on me balance les voitures qui brûlent dans la cité.» Jeune mère de famille, elle ne s'est pas offusquée quand des maternelles ont brûlé : «C'est peut-être l'occasion d'en reconstruire des plus belles...»


Elles ne condamnent ni les feux ni les dégradations : «C'est que du matériel, c'est pas grave, y a les assurances. La limite, c'est les agressions physiques. Ça, c'est pas possible», tranche Sahra. Elle ajoute : «Moi, si j'étais leader, c'est pas dans la cité que je mettrais le feu. C'est à Neuilly ou au Raincy [la ville la plus huppée de Seine-Saint-Denis où le maire Eric Raoult a pourtant décrété le couvre-feu] Elles détestent Nicolas Sarkozy qu'elles attendent de pied ferme, et Dominique de Villepin : «Le gouvernement n'assume pas ce qu'il fait. Pourquoi il ne dit pas : "C'est de notre faute, on est désolé." Une erreur humaine, on comprendrait, ça peut arriver. Mais non, dès qu'il y a un problème avec la police, ils disent toujours : "Après enquête, c'est de votre faute."»


http://www.liberation.fr/page.php?Article=337699



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